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Accepter le don de la vie.

07.05.2018

« Est-ce que mon enfant sera en bonne santé ? » « À qui ressemblera-t-il ? » « Sera-t-il beau ? » « Intelligent ? » « Intro ou extraverti ? » « Quels traits de caractère aura-t-il ? » Tant de questions qui traversent l’esprit de tous les futurs parents avant l’arrivée de leurs bébés. Mais quand la Maman ou le Papa ne peut pas transmettre ses propres gènes à son enfant, ses interrogations se transforment en peurs, voire en une véritable souffrance.

 

 

J’aimerais remercier Murielle*, Eva*, Chloé* et Gaétane qui ont eu le courage de lever le silence en me transmettant leurs témoignages sincères et touchants. Vouloir concevoir son enfant à l’aide d’un don de gamètes est toujours entouré d’un grand, grand, grand tabou, et cela n’est pas seulement lié au fait que le don d’ovocytes est interdit en Suisse. Car malgré cette interdiction, de plus en plus de couples choisissent de faire appel à cette ultime chance de fonder leur famille en allant consulter dans un des nombreux pays voisins où le don d’ovocyte est permis.

 

Effectivement, le rêve d’un enfant génétique peut s’arrêter brusquement quand le spécialiste nous annonce que notre corps, même en âge de procréer, ne produit que peu ou pas de gamètes, ou que ces derniers ne sont pas d’assez bonne qualité. Il conseillera alors de se tourner vers la solution du don. Mais la proposition de faire appel à une tierce personne afin de concevoir ce fruit d’amour du couple, est au premier abord vécu comme un affront. Annoncer ce diagnostic demande donc beaucoup de sensibilité et de tact. Certains médecins en possèdent plus que d’autres et Murielle m’explique que dans son cas, on ne lui a pas dit explicitement que la seule possibilité de devenir Maman serait le don. Elle a entendu des termes comme : « c’est plus simple », « plus sûr », « plus de chance de réussite », etc. Malgré ces mots bienveillants, Murielle a vécu cette annonce comme un choc suivi d’un effondrement total : « je ne savais plus quoi penser, j’étais énervée, désespérée et angoissée à la fois. Beaucoup de questions ont commencé à tourner dans ma tête. »

 

Eva qui habite en France, n’a pas eu droit à autant de délicatesse. Son médecin n’a pas pris de gants pour lui annoncer que ses ovaires ne fonctionnaient pas suffisamment bien : « sans état d’âme, il m’a annoncé froidement que je ne serai jamais mère ! La seule solution était de m’inscrire sur une liste d’attente d’un don d’ovocytes ». Elle aussi a très mal vécu les premiers instants après l’annonce, qu’elle décrit comme un tsunami dans sa tête : « j'ai ressenti de la colère, de l’injustice, de la tristesse, un sentiment d’échec. » 

 

Il est difficile de faire une croix sur son enfant génétique d’un instant à l’autre, sans avoir tout tenté. Pour en avoir le cœur net, Murielle et Eva ont donc d’abord continué les essais avec leurs propres ovocytes. Eva dit très justement : « le temps médical ne coïncide pas avec le temps psychologique. Donc, durant 4 ans, pour n’avoir aucun regret, j’ai fait 5 FIV avec mes propres ovocytes. Malheureusement sans succès. Plus les années passaient, plus je me rendais compte que bébé naturel, même avec l’aide médicale, s’éloignait de moi. Mais je voulais encore croire au miracle. Alors, j’ai repoussé l’échéance avant de m’orienter vers le don. »

« Je n’ai pas réussi à accepter seule ce chemin particulier malgré la solidité de notre couple, l’amour de mon mari. Mes consultations chez un psychologue ne m’ont pas aidée car trop éloignées de mes interrogations, de mes attentes. Alors en parallèle, j’ai commencé à faire du yoga, de la méditation, des massages de shiatsu pour installer le lâcher prise… et en faisant des recherches sur internet, la vie a fait que j’ai été guidée vers Jacqueline, qui m’a aidée en douceur à illuminer à nouveau ma route. » 

 

Murielle aussi a finalement pu se faire à l’idée : « il m’a fallu du temps pour accepter la réalité. Mais peu à peu, je me suis rendue compte que c’était une chance et l’idée qu’il fallait avoir un enfant avec mes propres gènes s’est peu à peu éloignée de moi. En parallèle, nous avons commencé les démarches d’adoptions. Il était important pour moi d’avoir un plan B, au cas où le don ne donnerai pas le résultat souhaité. »

 

Alors que Murielle et Eva ont pu tenter des essais avec leur propres ovules, Gaétane a su dès l’âge de jeune adulte qu’elle ne pourrait pas avoir d’enfant génétique, faute à ses ovaires qui ne fonctionnaient pas correctement. Elle a eu quelques années devant elle pour se faire à l’idée et a profité de s’informer auprès d’une personne qui avait vécu la même expérience. Et lorsqu’est venu le moment de concevoir sa famille, sans trop se poser de questions, elle s’est donc directement orientée vers le don d’ovocyte dans une clinique en Espagne : « c’était la seule solution pour moi de devenir Maman, alors avec mon mari on s’est dit : on fonce. Pour moi ce qui était réellement important, était de porter l’enfant. » Elle n’a pas dû attendre longtemps pour l’expérimenter, le premier transfert d’ovocyte a directement mené à une grossesse et Gaétane est aujourd’hui Maman de 3 enfants, tous conçus grâce à la même donneuse.

 

Côté papas, j’ai reçu un seul timide témoignage de Chloé, qui a parlé à la place de son mari. Ils ont déjà fait plusieurs essais infructueux et les médecins suspectent une incompatibilité entre leurs gênes. Ils ont donc pris la décision de fonder une famille grâce au don de sperme et au don d’ovocyte. Leur enfant ne portera donc ni les gènes de son mari ni les siennes. Un choix avec lequel ils sont en paix aujourd’hui : « nous avons beaucoup réfléchi et encore plus discuté pour prendre cette décision. Nous sommes arrivés à la conclusion qu’un enfant est avant tout une âme que nous accueillons et à qui nous souhaitons offrir tout notre amour. Pour nous, c’est tout ce qui compte à la fin. » 

 

Accepter d’emprunter la voie du don est un processus qui ne se fait pas du jour au lendemain. Alors que Gaétane l’a très bien vécu sans se poser trop de questions avant, pendant et après ses grossesses, d’autres femmes ressentent énormément de souffrance et ont l’impression de subir un véritable traumatisme. Durant les séances, il ressort que cette douleur est liée à autre chose de non-réglé en elles, et que l’angoisse face au don est l’expression d’une souffrance inconsciente. Il est normal de se sentir inconfortable et mieux vaut s’en occuper avant d’accueillir ce petit être. Quand Eva m’a contactée pour la première fois, elle s’est sentie prisonnière de ce tourbillon d’interrogations et de doutes : « est-ce que bébé va me ressembler ? » « Est-ce que la donneuse a été bien choisie pour se rapprocher au maximum de mon physique, de mon intelligence ? » « Est-ce que je dois parler de ce mode de conception pas banale mais pas anormale à mon entourage ? » « Est-ce que je dois parler de son mode de conception à notre enfant : si oui, comment et quand ? » « Est-ce que mon enfant va me rejeter plus tard parce que je ne suis pas sa mère génétique ? »

 

Chaque parcours est unique et les questions varient d’une femme à l’autre, mais trois thèmes centraux ressortent pendant les séances : 

 

1. Les questionnements autour de la donneuse ou du donneur.

 

Depuis les années 2000, il existe la possibilité pour l’enfant de connaître l’identité de son parent « donneur » à sa majorité dans différents pays, Norvège, Autriche, Suisse, Pays-Bas, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, certains états australiens… qui ont suivi l’exemple de la Suède et levé l’anonymat des dons de gamètes. Mais il n’est néanmoins toujours pas possible de connaître l’identité, les caractéristiques ou l’aspect physique exact (par photo par exemple) au moment du don. Cette impossibilité de tout savoir sur la donneuse ou le donneur, se manifeste par un sentiment de perte de contrôle, qui soulève beaucoup d’angoisses. « Qui est cette femme qui va me donner ses ovules ? » « Pourquoi elle va le faire ? » « Elle ressemble à quoi ? » « Elle fait quoi dans la vie ? » « Elle fume ? » « Elle a des maladies héréditaires ? » s’est demandé Murielle.

 

Aujourd’hui Eva a trouvé une certaine paix par rapport à ses questions, elle peut même ressentir de la gratitude envers la donneuse : « elle m’a fait cadeau de quelques ovules qu’elle n’utilisera jamais. La place du don dans notre histoire de parentalité est vue comme un acte de générosité et non comme une éternelle dette envers la donneuse. Le geste de la donneuse nous permet d’avoir le droit d’être parent. »

 

Gaétane et son mari ont choisi de l’intégrer tout naturellement dans la vie de famille en l’appelant « la gentille dame qui a donné ses ovules » : « j’ai parlé à mes enfants de leur histoire dès le premier jour dans mon ventre, il n’y a donc pas de secret autour du fait qu’une autre femme m’a aidé à les concevoir ». Elle me dit que parfois, il arrive qu’un des enfants pose des questions, alors elle répond le plus honnêtement possible : « si les parents ressentent un malaise par rapport à la façon dont a été conçu leur enfant, il va le ressentir et mal le vivre à son tour. Mais si les parents sont en paix, on peut en parler librement au sein de la famille. Ce sujet s’intègre alors tout à fait naturellement dans la vie de tous les jours, ce qui est le plus important dans la vie de l’enfant. »

 

 

2. Les questionnements « s’il faut en parler ou non à l’entourage ».

 

Pour Gaétane et son mari, c’était clair dès le début : il n’y a pas de secret à avoir et ils ont parlé ouvertement de l’histoire de la conception de leurs enfants à leurs familles et à leurs amis : « la famille et notre entourage proche ont été mis au courant dès le début de notre parcours. Pour nous, c’était une démarche tout à fait naturelle. Nous ne voyions vraiment pas pourquoi en faire un secret et n’avons vécu que des réactions positives. » 

 

Ce sujet revient systématique pendant mes séances sous forme de phrases comme : « ça ne regarde personne d’autre que nous » ou « les autres ne peuvent pas comprendre ». J’ai un avis clair à ce sujet : un secret n’est jamais une bonne chose. Jamais. Et vous n’avez pas besoin de le cacher car si vous êtes pleinement en accord avec la façon dont vous fondez votre famille, personne ne se permettra de vous juger. Et si cela arrive quand même, ça ne vous atteindra pas, car rien ne peut vous blesser à partir du moment où vous l’avez entièrement intégré et accepté. Vous pouvez alors expliquer pourquoi vous avez fait ce choix qui n’est rien d’autre qu’un choix d’amour. 

 

Je suis très touchée par les mots d’Eva qui montrent sa sérénité après le travail que nous avons fait ensemble : « pour ma part, je parlerai à mon enfant de son histoire : lorsqu’il sera dans mon ventre, à la naissance et, à l’âge où l’enfant prend conscience de la différence des sexes et demande comment on fait les bébés. Ne pas lui raconter son histoire signifierait qu’en tant que parents, nous n’avons pas réglé nos blocages, que nous avons honte de ce mode de conception, et donc que nous ne respectons pas notre enfant. »

 

« Je lui dirai aussi : tu peux rencontrer dans ta vie des personnes maladroites, qui pourront te blesser à cause de leur ignorance, en te disant que je ne suis pas ta maman parce que tu ne me ressembles pas, que je n’ai pas pu te transmettre mon code génétique ! Mais, tu pourras leur répondre qu’une maman ne se résume pas à une personne qui transmet son patrimoine génétique, par l’utilisation de ses ovules … C’est plus fort que ça. Une mère peut tout entendre, tout comprendre, être une épaule sur qui son enfant peut se reposer. Une maman, c'est un cœur, un sourire, une caresse… »

 

 

3. Les questionnements autour de l’amour.

 

« Est-ce que je vais aimer cet enfant ? » « Mon enfant va-t-il m’aimer ? » « Est-ce qu’il ne va pas me rejeter à l’âge adulte ? » Cette peur de ne plus être aimé, d’être rejeté tôt ou tard, est très présente dans les discussions. 

 

Gaétane me dit qu’elle se sent une Maman comme une autre : « j'ai conçu mes enfants avec amour, je les ai portés et accouchés. J’ai à faire aux mêmes joies, interrogations et problèmes, je ne me sens aucunement différente des autres mamans. » Quant à la future adolescence de ses enfants, elle me fait part de ses réflexions : « je me dis que chaque enfant fait de toute façon une révolte contre ses parents à cet âge. Les miens ne seront pas différents, mais cela ne remettra pas en doute notre relation et notre lien d’amour ». 

 

Eva rajoute : « devenir parent, c’est tisser une relation sécurisante avec son enfant et lui faire une place dans sa filiation, le faire entrer dans son histoire, c’est ça être « un vrai parent ». Savoir qu’il est né d’un désir aussi intense, qu’il a fallu de grands efforts pour qu’il vienne au monde, c’est très structurant pour l’enfant ! C’est ça qu’il va retenir et qui va construire son identité, et non la manipulation de gamètes. »

 

 

Il n’y a pas qu’une seule façon de vivre, d’être heureux, de travailler, de voyager, de s’aimer, d’élever un enfant... et il n’y a pas qu’une seule façon de le concevoir. Génétiquement de vous ou non, comme tout parent, vous vous rendrez compte que votre enfant est tout à fait unique dans son être. Vous l’accueillerez à sa naissance et vous apercevrez, même si vous l’avez porté, que vous ne le connaissez pas. Avec chaque jour qui passe, vous vous mettrez alors à sa découverte, l’accompagnerez et l’élèverez dans son unicité, lui donnerez tout l’amour, toute la confiance et toute la sécurité dont il a besoin pour qu’un jour il puisse déployer ses ailes et voler de ses propres moyens. 

 

À vous qui me lisez et qui hésitez à emprunter cette voie, j’ai envie de vous dire la même chose qu’aux femmes qui viennent me voir au cabinet : « toutes les Mamans se posent des questions sur leur enfant avant qu’il arrive. Alors ne vous en posez pas trop et faites confiance à la vie. Je sais que votre enfant vous ressemblera. Peut-être pas du visage mais dans le cœur, parce que c’est votre amour qui le construira. Non seulement l’amour – non – chaque cellule de votre corps participera à construire son corps.  Même s’il n’est pas conçu avec vos gènes, c’est de votre enfant que vous tomberez enceinte, c’est ses petits pieds que vous sentirez dans votre ventre et c’est à lui que vous donnerez la vie. »

« J’ai envie de vous dire que votre enfant aura vos yeux, parce que c’est à travers votre regard qu’il apprendra à voir la beauté du monde. J’ai envie de vous dire qu’il parlera avec vos mots, vos mimiques et vos gestes, parce que c’est vous qu’il verra s’exprimer et vivre chaque jour de son existence ; du matin au réveil, jusqu’au soir au coucher. J’ai envie de vous rassurer sur le fait qu’il ne vous quittera pas et qu’il n’arrêtera pas de vous aimer. Parce que je sais qu’aucun code génétique ne pourra jamais effacer les liens indestructibles d’amour entre un enfant et sa Maman. »

 

 

 

 

*le prénom a été changé

 

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